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Quartier Talensac

Seule l'inscription "Anciennement Passage de l'Abattoir", sous la plaque de la rue Basse Porte, témoigne de la vocation du quartier au XIXè siècle quand s'y élevèrent, inaugurés le 15 octobre 1828, les abattoirs "modernes" de la ville. De nos jours, c'est au rythme des marchés, dès 5 heures du matin, que bat la coeur du quartier. Depuis 1934 grâce à l'archtecte Vié, les trois halles couvertes et leur bas-côtés abritent la foule des marchands et des chalands de ce marché "à la française". Les américains s'en conseillent la visite, à l'égal des monuments historiques, tant il leur paraît original par rapport aux trop exclusifs "farmer's markets" : c'est en effet le mélange des genres qui en fait toue la séduction.

Grâces soient rendues au petit nombre de producteurs directs (fromages de chèvres, miels, volailles, etc...), à la foule des revendeurs de fruits et légumes (parfois exotiques tels "l'ananas-avion" qui étone toujours les enfants), de poissons et viandes; n'oublions pas Dédé-La-Chaussette, Frou-Frou, Jojo, et les autres vendeurs "à la postiche" dont les subtiles harangues transforment la place en forum. Les clochards, qui monnaient leur aide pour décharger et charger les camions, font aussi partie de la grande fresque matinale.

Lointains descendants de ce Jehan de Talensac, nommé, en 1336, commissaire de la police des prix et des salaires, les modernes placiers - pourboire de rigueur - règnent à la craie sur le domaine des échanges

Le sous-sol dallé est la seule concession aux tentatives de restauration qu'ont repoussées les marchands inquiets à l'idée de devoir se transporter 2 ans place Viarme. Cette situation va bientôt évoluer avec le bain de jouvence qui va lui être apporté.

Le comblement de l'Erdre a effacé l'aspect coteau de tout ce quartier, maintenant barré par l'ensemble immobilier des "Hauts de Talensac"; modeste, la petite rue Moquechien témoigne, seule de ce que la pente pouvait avoir de rude, si on retient la plaisante étymologie qui veut qu'un chien n'y pouvait, sans risque, lever la patte !

 

De l'Abattoir au marché Talensac

Coincés entre les rues de Bel-Air, Talensac, Jeanne-d'Arc et Basse-Porte, les Abattoirs de Nantes, inaugurés le 15 octobre 1828, sont d'apparence les plus austères, ceints de hautes murailles de pierres coiffées de grilles et de mousse verdâtre.
Adornée de hautes grilles lugubres et flanquées de loges, l'entrée des Abattoirs s'ouvre sur la rue Talensac et laisse apparaître une large place plantée de marronniers. De chaque côté de la place, se trouvent deux grands bâtiments à porche central de plein cintre sommés d'un fronton triangulaire en tuffeau. Ces bâtisses sont flanquées d'ailes perpendiculaires plus basses coiffées de toitures à double pente festonnées d'ardoises.
Sur le long de la rue Talensac, on trouve les écuries hébergeant le bétail : bœufs, veaux, moutons… qui, venus alimenter le marché aux bestiaux, attendent leur triste sort.
L'animation dans l'abattoir est intense. Parfois les animaux se rebellent, obligeant les hommes à fermer en toute hâte les grilles d'entrée pour récupérer les bêtes récalcitrantes.
De l'autre côté de la rue de Talensac se tient, pour des raisons évidentes de proximité et de commodités, le marché de la Boucherie.

 

Le projet d'un grand marché

Le 15 décembre 1933, la municipalité met officiellement au concours son projet de construction d'un grand marché central, entre les rues de Bel-Air et de Rennes.
Le cahier des clauses du concours, indique que "la plus grande latitude est laissée aux concurrents pour ce qui concerne les procédés d'exécution des ouvrages, leur forme et leur disposition." Le marché à construire doit comporter : un marché entièrement clos, réservé aux bouchers et aux charcutiers ; un marché couvert pour les marchands de beurres, d'œufs, de volailles ; un marché en plein air, pour les légumes, les marchands de bimbeloterie et d'articles divers.


Un lauréat sur douze projets

Pas moins de douze projets sont déposés. Le 23 mai 1934, sur les avis de la Commission spéciale, le Conseil municipal fixe son choix sur le projet présenté par l'entreprise Jean Le Guillou et MM. Vié, père et fils, et Desfontaines, architectes.
Le projet présente trois sections établies concentriquement dans l'ordre suivant : marché découvert sur le pourtour, marché couvert dans la zone intermédiaire, et marché fermé au centre avec, à l'extrémité, côté rue de Bel-Air, un épanouissement abritant la conciergerie et les services du marché.
Un marché de forme concentrique

Le projet des architectes MM. Vié, père et fils, et Desfontaines comporte donc un marché couvert et clos abrité dans une halle centrale de 160 mètres de long par 16 mètres de large pour une superficie de 2 550 m2 couverte par une toiture parabolique. On accède au marché fermé par 10 entrées dont 7 de plain-pied, les autres avec perrons de 3, 5 ou 7 marches.
Le marché couvert et non clos, établi sous un auvent de 9 mètres de largeur sur le pourtour du vaisseau central, entoure le précédent sur trois côtés. D'une superficie de 2 655 m2, il est entièrement de plain-pied avec le marché découvert qui l'entoure.
Le marché de plein air, qui occupe tout le surplus de terrain sans autre dénivellation que celle des rues, est une surface bétonnée entourant le marché couvert sur 5 mètres de largueur, avec 2 terre-pleins aux extrémités, soit une superficie totale de 2 927 m2.
Sous la partie côté rue de Bel-Air, un sous-sol de 1 145 m2 pouvant contenir 100 caveaux individuels et une grande cave pour les besoins de la Ville sont prévus.
Les aménagements intérieurs comprennent 208 emplacements. Chacun comporte un cloisonnement en briques enduites de ciment et un étal avec tiroir-caisse et coffre à outils. Deux allées orientées dans le sens de la longueur permettent d'accéder aux quatre rangées d'étals

 

La construction du marché s'achève

La démolition de l'abattoir centenaire commence en juin 1934. Tandis que les vieux murs s'écroulent dans un amas de poussière et que l'on comble la fosse que forme la cour des Abattoirs, les charpentiers préparent les caissons de bois destinés à contenir le ciment armé nécessaire aux fondations.
En août 1935, la silhouette moderne des nouveaux bâtiments se dessine avec la réalisation des piliers de soutènement.
En février 1936, les parois latérales s'élèvent : de beaux murs en briques jaunes sur un soubassement de briques rouges enduit d'un crépissage. Une série complète de loges en briques tapissées de petits carreaux s'achève.
À l'automne 1936, la place est bordée de rangées de platanes.
La construction du marché à usage d'approvisionnement général est assortie d'importants travaux de voirie sur les rues Talensac et de Basse-Porte. Sur la place élargie, les becs à gaz disparaissent, remplacés par de hauts lampadaires électriques.

Un temple moderne de la consommation
Inauguré le 8 janvier 1937 par la municipalité d'Auguste Pageot (Maire de 1935 à 1940), le marché s'étend sur la pente d'une colline descendant sur trois niveaux vers l'Erdre.
Le marché, de part sa taille et la diversité des produits qu'il offre, représente l'ancêtre des grandes surfaces. Le Phare de l'Ouest qualifie le nouveau marché de "véritable palais".
Ouvert à l'origine tous les jours de la semaine, le marché déborde au quotidien de vitalité. On y trouve de tout pour alimenter des générations de Nantaises et de Nantais.
Depuis son ouverturee, le marché Talensac est devenu une véritable institution nantaise. Ouvert actuellement du mardi au dimanche, il abrite la foule de marchands et chalands en quête de produits de qualité : certains jours, des brochets encore vivants attendent sur les étals des poissonniers.
Et puis, le dimanche matin, il faut absolument y être vu...

 

Parallèle au marché, discrète et sage, la Maison de la Culture affiche deux textes, l'un de Vian, et l'autre de Paul Fort qui mérite le mot de la fin :

"Et dong, dig-ding donnez vos coeurs,
Soyez d'attaque à la descente
Parmi les chers copains de Nantes
Sonnez leur, leur amour en choeur"
(Ballades nantaises - 1947)

 

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